Je m’appelle Elias Creepy.
Enfin, c’est ce qu’il reste de moi. Le reste, je l’ai laissé quelque part entre Verdun et la Somme, dans la boue, le sang et les cris. Là-bas, j’ai appris à regarder la mort droit dans les yeux, à lui parler presque. C’est une vieille amie, aujourd’hui. Elle m’a tout pris sauf la lucidité. Et la haine.

Quand je suis rentré, le pays m’a accueilli comme un fantôme qu’il ne voulait pas voir. L’armée m’avait transformé en infirmier, mais la guerre m’avait façonné autrement : un type qui sait recoudre des plaies, oui, mais aussi reconnaître quand quelque chose est pourri jusqu’à l’os. Alors j’ai changé d’uniforme. J’ai troqué la blouse contre un manteau, le scalpel contre un calibre .32, et je suis devenu détective. Privé, comme on dit. Très privé.
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